24 janvier 2006

Interview de Denis Lalys sur la grève du 24 janvier 2006

ANPE, CPE...

"Nous sommes pour un retour aux missions premières"
par Denis Lalys,responsable national de l'assurance-chômage pour la CGTà la fédération des organismes sociaux

Que reprochez-vous aux conditions de rapprochement entre les antennes Assedic et l'ANPE ? Et quelles sont vos propositions ?

Dans le rapprochement, il y a deux choses. Un rapprochement physique qui permet de simplifier le parcours du demandeur d'emploi. L'ANPE et l'assurance-chômage seront dans un même endroit avec des cabinets séparés. C'est une bonne chose, nous sommes pour. D'ailleurs c'est déjà le cas dans certaines villes.
Mais ce qui nous gêne c'est la confusion et le mélange des genres. A la base, l'assurance-chômage est liée à l'indemnisation des demandeurs d'emploi. C'était le cœur de notre métier. Actuellement on demande à l'assurance-chômage d'accompagner les chômeurs vers le retour à l'emploi. On met donc en concurrence le travail de l'ANPE et des Assedic. Avec la nouvelle convention, on va faire du reclassement et nous serons en concurrence avec les agents de l'ANPE qui font ça depuis 30 ans. Nous sommes pour un rapprochement physique de l'ANPE et des Assedic. Mais pour un retour aux missions premières.
C'est-à-dire que l'assurance-chômage doit indemniser l'ensemble des demandeurs d'emploi, y compris les primo-demandeurs d'emploi. Il faut remettre en place l'allocation d'insertion pour les jeunes qui entrent sur le marché du travail au lieu de leur proposer la précarité, avec des contrats comme le CPE. La proposition de la délégation de la CGT portait sur une accentuation des cotisations pour les employeurs abusant des contrats précaires. Cela permettrait un apport financier pour indemniser l'ensemble des demandeurs d'emploi. Ce que l'on souhaite, c'est un retour vers l'indemnisation telle qu'elle a été créée en 1958.

Que dénoncez-vous dans la nouvelle convention Unedic ?

On dénonce le dernier décret qui accentue le contrôle et les sanctions des demandeurs d'emploi. La nouvelle convention Unedic va dans la logique des conventions depuis 15 ans, c'est-à-dire vers une réduction des demandeurs d'emploi indemnisés. On nous parle d'une soi-disant égalité entre patrons et salariés. Mais alors que les cotisations patronales et salariales augmentent -et les salariés cotisent davantage puisqu'ils sont plus nombreux- la hausse des cotisations patronales est compensée par la baisse de l'assurance garantie des salariés (AGS). On dénonce également le tri sélectif selon lequel on classe les demandeurs d'emploi selon leur capacité à être reclassable, en fonction de la mobilité, etc. Mais il faut arrêter! Aujourd'hui on a entre 400.000 et 800.000 emplois disponibles pour 7 à 8 millions de chômeurs!

Pensez-vous que la mobilisation puisse faire bouger le gouvernement et notamment parvenir à faire retirer le CPE ?

La mobilisation est dans nos gênes à la CGT! Sans rapport de force, le patronat et le gouvernement ont les mains libres pour avancer.
Depuis quelques années, on négocie uniquement sur des textes apportés par le patronat. On a dévoyé le sens de la négociation collective.
Aujourd'hui, on est au début de la mobilisation. On a réussi, au sein de la CGT, à avoir une synergie entre les agents de l'ANPE, des Assedic, les intermittents, etc. Cela nous semblait être un premier pas important. Je reprends une phrase de Paul Edouard qui disait "Ils n'étaient que quelques uns et ils furent foule soudain". On est au début et on espère que ça se développera. C'est la première fois qu'on aura une telle mobilisation, avec les chômeurs, les Assedic, l'ANPE ensemble sur des revendications de fond.

Propos recueillis par Manuelle Tilly(le mardi 24 janvier 2006)
© Le Nouvel Observateur

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